Délit de faciès pour Facebook
- By L' Express
- Published November 13, 2007
Sur Facebook, certains internautes ont créé des profils avec les photos et les noms du ministre Gowressoo ou de sir Anerood Jugnauth. Un autre groupe critique les décisions du Premier ministre dans la catégorie Just for fun/Inside jokes.
En chirurgie, on appellerait cela une ablation : l’action d’enlever totalement un organe quand les possibilités de le soigner sont minimes ou inconnues. Une semaine après avoir subi les caprices du ministre de la Technologie informatique et des télécommunications, l’Information and Communication Technology Authority (ICTA) n’a pas fait dans la dentelle. Surtout qu’il s’agissait de la réputation d’une personnalité mauricienne, en l’occurrence le Premier ministre, Navin Ramgoolam lui-même.
En chirurgie, on appellerait cela une ablation : l’action d’enlever totalement un organe quand les possibilités de le soigner sont minimes ou inconnues. Une semaine après avoir subi les caprices du ministre de la Technologie informatique et des télécommunications, l’Information and Communication Technology Authority (ICTA) n’a pas fait dans la dentelle. Surtout qu’il s’agissait de la réputation d’une personnalité mauricienne, en l’occurrence le Premier ministre, Navin Ramgoolam lui-même.
La nouvelle commence à circuler vendredi matin. Les 14 fournisseurs d’accès à Internet (FAI) reçoivent une correspondance de l’Icta, leur demandant de bloquer tout accès au site Facebook au niveau local. La raison étant que ce site contiendrait des « informations et contenus diffamatoires ». Et le temps que l’organisme régulateur contacte les gérants du site communautaire, aucun Mauricien n’a eu accès au site pendant une bonne partie de la journée de vendredi.
Facebook est l’un des plus prestigieux sites communautaires – social networking – disponibles sur Internet. Il compte plusieurs milliers de Mauriciens, dont la plupart sont des expatriés ou des étudiants à l’étranger. Ce site constitue une plate-forme pour rester en contact avec les amis ou la famille à travers des nouvelles, des photos ou des messages personnels. Ceux inscrits n’ont ainsi pas besoin d’informer chacun individuellement.
Si l’impossibilité d’accéder à ce site ne dérangeait pas vraiment les Mauriciens ce jour-là, c’est surtout la nature de ce blocus que condamnent beaucoup parmi cette communauté. Car, comme le souligne ce responsable d’un FAI local, « même s’il existe des lois contre le cybercrime, Internet est le dernier bastion de la liberté d’expression, avec ou sans humour ».
Mais dans le doute, l’ICTA frappe fort. La raison officielle étant vague, le président de cet organisme, Trilock Dwarka, a tenu à rajouter que le régulateur aurait reçu des « doléances du public sur le fait qu’il y aurait un cas d’usurpation d’identité du Premier ministre mauricien sur le
site ». Se vantant d’avoir pris des « mesures immédiates », il affirme avoir aussi contacté les gérants de Facebook pour que cette page soit enlevée du réseau communautaire sur le Net. Cette action ne ferait toutefois pas suite à un quelconque appel du bureau du Premier ministre, selon Trilock Dwarka.
« Syndrome MBC »
Cette démarche n’est qu’une application de la loi, et ne constituerait pas de « censure » pour l’ICTA, et certains représentants de FAI mauriciens s’alignent sur ce point de vue. Toutefois, l’un d’eux, sous le couvert de l’anonymat, condamne ce qu’il appelle le « syndrome MBC ». Car selon ce directeur de FAI local, « l’action de l’ICTA vise à démontrer une allégeance politique plus qu’autre chose. Comment expliquer, autrement, la présence de profils fictifs d’autres personnalités mauriciennes, ou même étrangères, sans que les autorités n’interviennent ? »
Car sur Facebook, l’utilisateur n’a besoin que d’une photo et d’une adresse e-mail pour créer un profil – le sien ou celui de quelqu’un d’autre. Ainsi, l’on retrouve celui du président de la République, Anerood Jugnauth, ou d’un groupe dédicacé au ministre de la Culture, Mahen Gowressoo. Il y a encore cet autre groupe qui critique les décisions du Premier ministre, mais qui est recensé dans la catégorie Just for fun/Inside jokes. Et le directeur du FAI de poursuivre en affirmant : « Où établit-on la limite entre ce qui est diffamatoire ou pas sur Internet ? L’ICTA est allée trop loin, et trop vite. Il y a le premier et le second degré. »
Néanmoins, Maurice n’est pas le seul pays dont les personnalités politiques sont recensées – en bien ou en mal – sur Facebook par des profils fictifs. Car sous le nom de Gordon Brown, le Premier ministre britannique, 253 résultats apparaissent, dont certains partagent réellement ce nom. Le président français, Nicolas Sarkozy, semble, lui, moins populaire sur Facebook : seulement 39 résultats.
Du côté de Cuba, Fidel Castro bénéficie de 94 profils sur le site, sans aucune précision, toutefois, si l’organisme régulateur des télécommunications cubain a bloqué ou pas Facebook au niveau local. Seule certitude par contre: les 27 profils de Joseph Staline, n’existeraient sans doute pas s’il était vivant.
