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Le Sithanen nouveau
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DE L’ESTRAC JEAN-CLAUDE
JEAN-CLAUDE DE L’ESTRAC
L"EXPRESS
 
By DE L’ESTRAC JEAN-CLAUDE
Published on June 17, 2007
 

Chacun cherche à démonter l’apparent tour de passe-passe ; beaucoup appréhendaient le pire, quelques-uns guettaient la faute. Rama Sithanen émerge de l’exercice avec une crédibilité retrouvée et une légitimité confortée. Tout est pourtant d’une simplicité lumineuse et c’est le Premier ministre qui l’a rappelé : pour récolter, il faut d’abord semer. Les premiers fruits de cette récolte avancée, nous les devons aux sacrifices exigés par le premier budget de Sithanen. Il n’y a pas de secret, le ministre des Finances desserre, en partie, l’étau fiscal qui brime autant les salariés que les entreprises, et soulage le fardeau de diverses catégories sociales uniquement parce qu’il a su générer des revenus supplémentaires. Ces revenus, il les a obtenus parce que les réformes enclenchées ont produit, comme escompté, une croissance de 5 %, contre seulement 2,2 % en 2005. Il parie sur la poursuite de la croissance, en restant fidèle à sa stratégie. Si les mêmes causes produisent les mêmes effets, il ne prend pas un bien grand risque. Je crois d’ailleurs que le mouvement devrait s’accélérer. Pour trois raisons.


Le pays aux étrangers

La première est politique. La principale difficulté du ministre des Finances, au cours de l’année financière écoulée, a été le mauvais procès que lui intentaient sans cesse ses amis politiques. Il a été traité de tous les noms, y compris de valet du secteur privé, ce qui n’était pas le moins indulgent. Il a beaucoup encaissé, crucifié par les démagogues de son parti, incompris du grand public, condamné à la solitude du bouc émissaire. Sans doute avait-il commis quelques erreurs d’appréciation, c’était à ses adversaires politiques de les exploiter – ils ne s’en sont pas privés d’ailleurs –, mais ce sont surtout ceux de son propre camp qui ont été les plus virulents. À vrai dire, ils n’étaient pas nombreux, ceux qui tablaient sur sa réussite. Cette hostilité persistante a consommé une grande partie de l’énergie du ministre et a certainement ralenti le rythme de certaines réformes quand elle ne les a pas fait dérailler.

Rassurée par les premiers résultats, même quand ils restent modestes et fragiles, l’équipe gouvernementale devrait maintenant afficher davantage de solidarité et de cohésion avec un ministre des Finances qui est loin d’avoir terminé son œuvre réformatrice. Pour accélérer l’ouverture de l’économie, pour redynamiser le marché du travail, pour revigorer les organismes parapublics chancelants, pour mieux cibler l’aide sociale de l’État, il y a encore quelques mesures douloureuses à prendre. Il ne faudrait pas que Sithanen succombe à la facilité de l’applaudimètre partisan, et ses amis devraient continuer à le soutenir quand les temps seront moins favorables.

Comme tout est affaire de confiance, il est aujourd’hui en bien meilleure posture pour gagner à sa cause d’abord sa famille politique et bien au-delà. Dans l’équation, le rôle du Premier ministre sera décisif. On ne pourra pas reprocher à Navin Ramgoolam d’avoir manqué en public à son devoir de solidarité à l’égard de son ministre. Mais je crois qu’il devrait lui témoigner davantage de soutien dans l’exécution au jour le jour du programme des réformes face à tous ces lobbies corporatistes qui empoisonnent la vie de l’État. Aujourd’hui, Sithanen devrait se sentir politiquement plus serein. Ce n’est pas une raison pour relâcher l’effort, c’est un tremplin pour aller plus loin.

La deuxième raison, qui m’incite à penser que les conditions sont réunies pour réussir à stimuler la croissance, est d’ordre strictement économique. Quand le gouvernement joue effectivement son rôle de facilitateur, quand il soutient l’entreprise privée, quand il favorise l’activité des petites et moyennes entreprises, quand il encourage et facilite l’investissement, quand il instaure un dialogue confiant avec les entrepreneurs – ce sont ceux-là qui produisent les richesses –, l’économie fonctionne à plein régime. Après une période de marasme, qui n’est pas seulement due à des erreurs de gestion du précédent régime, Sithanen a débloqué la machine. Une meilleure croissance a engendré plus de revenus pour le gouvernement, suffisamment pour éviter de nouvelles ponctions et même recommencer à redistribuer. L’action sociale du gouvernement connaît un accroissement de 14 % et se chiffre maintenant à Rs 21 milliards. C’est colossal !

Dans ce deuxième budget, Sithanen maintient le cap. Il est tellement réconforté par les premiers résultats qu’il s’empresse d’accélérer le pas. Il baisse le taux de l’impôt sur les compagnies et les individus deux ans plus tôt que prévu. Il ouvre davantage le pays aux étrangers. Il ne faudrait pas qu’il donne par ailleurs le sentiment de pénaliser les Mauriciens. Il prévoit de recueillir Rs 775 millions de revenus sur les campements. Peut-être est-ce bien la valeur des sites, mais il est évident que tous les locataires actuels ne seront pas en mesure de payer les millions exigés. La question mérite au moins le même traitement conciliant que le ministre vient d’accorder aux propriétaires concernés par la « National Residential Property Tax ». Je plaide pour une négociation, je suis persuadé qu’une solution à l’amiable est possible.

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