Grâce aux mesures liées à l’amélioration du climat d’investissement et des affaires à Maurice, plusieurs verrous ont sauté durant l’année écoulée. Notamment dans le domaine de l’investissement direct étranger (Ide) qui a dépassé les Rs 7 milliards, soit l’équivalent de ceux recueillis sur la période 2003 à 2005. Cette embellie, couplée à une croissance retrouvée dans le textile et soutenue dans le tourisme, a également permis au gouvernement de générer des recettes additionnelles. Ainsi, les revenus fiscaux sont passés de Rs 35,3 milliards en 2005-2006 à Rs 38,4 milliards pour l’année financière qui se termine. Soit une croissance des revenus de près de 9 %.

C’est en se basant sur ces indicateurs positifs, mais aussi sur un taux de croissance économique qui devrait atteindre ou même dépasser les 5 % pour la deuxième année consécutive, que Sithanen affiche de l’ambition pour son budget 2007-2008. Il prédit déjà des Ide de l’ordre de Rs 10 milliards qui contribueront de manière substantielle à l’augmentation des recettes totales du gouvernement, que Sithanen estime devoir passer de Rs 42 milliards en 2006-2007 à plus de Rs 50 milliards en 2007-2008.

Avec les recettes gouvernementales qui augmentent, Sithanen aurait pu utiliser les revenus supplémentaires pour combler le déficit budgétaire. Ce n’est pas la méthode qu’il choisit. Certes, il utilise en partie les recettes pour faire reculer le déficit de 4,3 % du produit intérieur brut (PIB) pour l’année en cours à 3,8 % en 2007-2008. On n’est plus loin du taux de déficit de 3 % jugé généralement acceptable par tous les bailleurs de fonds, dont l’Union européenne, le principal pourvoyeur d’aides de Maurice.

C’est donc le pari de l’investissement financé par les recettes de la croissance que prend Sithanen. Délaissé à cause du trop fort taux de déficit, le budget de développement apparaît comme une priorité du gouvernement. « Les dépenses de développement pour la prochaine année fiscale vont, pour la première fois, dépasser les Rs 10 milliards, soit une hausse de 22 % par rapport à l’année précédente », explique le ministre des Finances dans son discours.

À bien y voir, Sithanen ne pouvait pas se permettre de ne pas investir massivement dans de grands projets d’infrastructures publiques. Le secteur privé rappelle à intervalle régulier que le problème de congestion routière étouffe l’économie en ralentissant la circulation des personnes et des marchandises. Le gouvernement s’engage donc dans une nouvelle phase de construction de routes en dépensant Rs 3 milliards sur le court terme. Dans environ treize différents projets autour de l’île.

Parallèlement, la modernisation des infrastructures du port et de l’aéroport est annoncée à grand renfort de moyens budgétaires. Notamment avec une modernisation de Plaisance au coût de Rs 4 milliards sur les prochaines années.

Ce budget devait accompagner le développement et les investissements massifs qui arrivent au pays. Tian Li ne songerait pas à démarrer sa zone économique de Riche-Terre sans s’assurer que les infrastructures routières reliant son site à la zone portuaire ne sont pas adéquates. Tout comme on ne saurait viser raisonnablement la barre des deux millions de touristes annuels sans se doter d’un aéroport pouvant supporter des transits massifs de passagers et d’appareils.

Mais il ne suffit pas de dépenser pour s’assurer que la croissance économique perdure. Il faut également continuer à envoyer des signaux aux investisseurs étrangers. Pour cela, le ministre des Finances consacre une partie de son budget à approfondir les mesures prises l’an dernier afin d’ouvrir l’économie à des compétences étrangères. Notamment à travers le droit d’achat de propriété immobilière qui est désormais ouvert aux étrangers ayant travaillé plus de trois ans dans le pays et recevant des salaires mensuels dépassant Rs 150 000.

 

Une baisse d’impôts en guise de signal

Toutefois, la mesure la plus importante du budget en vue d’attirer davantage d’investisseurs et de compétences étrangères dans le pays est sans conteste l’adoption du plafond d’imposition sur les revenus des personnes et des sociétés à 15 %. Et cela, dès juillet prochain, alors que ce taux aurait dû être applicable à partir de juillet 2009. En attendant les sociétés et les individus aux revenus les plus importants auraient dû être imposés à 20 %.

Mais Sithanen décide « d’accélérer le mouvement » en tenant compte d’une « fenêtre d’opportunité ». En effet, cette mesure est en fait un signal. Destiné à de très importants investisseurs étrangers qui avaient rappelé à Sithanen récemment « que Maurice n’est pas la seule jolie fille du coin ».

C’est donc un gage de bonne volonté et d’attractivité que constitue cette mesure. « J’ai choisi d’accélérer cette réforme parce qu’effectivement cela constitue un signal fort au moment où nous négocions afin d’attirer trois très gros projets d’investissement à Maurice. »

La baisse d’impôts a ses avantages. Elle incite les entreprises étrangères à s’implanter et à investir à Maurice afin de bénéficier d’une fiscalité légère. Mais elle encourage aussi les firmes locales qui bénéficient, d’une année sur l’autre, d’importantes économies d’impôt, soit de réinvestir ou alors de dépenser davantage sur d’autres postes. Les économies d’impôts des personnes les plus aisées passent, elles, majoritairement dans la consommation. Dont 15 %, dans beaucoup de cas, vont dans les caisses de l’État à travers les prélèvements de la TVA.

Un impératif : collecter des revenus supplémentaires

Mais il ne faut pas non plus perdre de vue l’impératif de collecter des revenus supplémentaires là où c’est possible. Des sources de revenus ponctuelles facilitent la tâche du gouvernement. C’est en grande partie les aides européennes qui feront passer les Grant Revenues du gouvernement de Rs 420 millions en 2006-2007 à Rs 2,9 milliards pour la prochaine année financière.

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