Le gouvernement a annoncé sa décision d'introduire un National Pay Council. En tant qu'ancien ministre du Travail et des Relations Industrielles, qu'en pensez-vous ?

C'est une coïncidence que le gouvernement annonce la création d'un National Pay Council (NPC) quelques semaines avant le Budget, alors que tous les travailleurs et la classe syndicale s'attendaient à une réunion du Comité national tripartite pour déterminer une compensation salariale. L'annonce précipitée de la création de cette institution, présentée d'une façon amateur et bâclée, démontre que le gouvernement et en particulier le ministre des Finances ne peut faire face aux syndicats. Il ne peut répondre aux attentes d'une population qui étouffe de plus en plus sous le fardeau des augmentations de prix et d'une gestion économique catastrophique, dictée par le Fond monétaire international et la Banque mondiale. Le NPC se résume à un grossier prétexte pour éviter la réunion tripartite et le paiement d'une compensation aux travailleurs.

Le ministre a donné l'assurance que le NPC sera tripartite et examinera le taux d'augmentation salariale. Pourquoi cette opposition systématique ?

À ce jour, nous n'avons toujours pas été informés des termes de référence du NPC et de son rôle vis-à-vis des institutions existantes telles que le Pay Research Bureau, le National Remuneration Board et le Tribunal d'Arbitrage Permanent. Il faut souligner que l'établissement de cette institution et ses termes de référence auraient dû faire d'objet au préalable de discussions avec les partenaires sociaux, notamment les centrales syndicales et les représentants des employeurs. Je dois rappeler que selon la Convention du BIT sur le tripartisme, qui a été ratifiée par le gouvernement mauricien en 1969, le gouvernement est dans l'obligation de consulter les syndicats et les employeurs pour toutes les lois et pratiques qui auraient un impact ou affecteraient les droits des travailleurs ou les conditions de travail. Cette convention a donc été bafouée par le gouvernement, illustrant le peu de respect qu'il a envers les travailleurs.

Le gouvernement pourrait-il aller de l'avant avec la création du NPC, malgré le refus des fédérations syndicales de siéger dans cet organisme ?

Selon la Convention 144 du BIT sur le tripartisme, tout membre de l'Organisation internationale du Travail qui ratifie la Convention s'engage à mettre en œuvre des procédures qui assurent des consultations efficaces entre les représentants du gouvernement, des employeurs et des travailleurs sur les questions les concernant. Les organisations représentatives signifient les organisations les plus représentatives des employeurs et des travailleurs et non pas des syndicalistes triés par le ministre selon son gré ou leurs affinités politiques. Les représentants des employeurs et des travailleurs doivent être choisis librement par leurs organisations représentatives. Le ministre du Travail ne peut donc pas choisir les représentants syndicaux selon son gré.

C'est le gouvernement précédent qui avait fait venir le Pr Lim de Singapour pour revoir les mécanismes de détermination des salaires et celui-ci avait recommandé la création d'un National Wages Council…

En effet, nous ne contestons pas le fait qu'il est nécessaire de moderniser les mécanismes de détermination des salaires à Maurice et nous avions dans ce contexte commandité une étude par le Pr Lim. La révision des mécanismes de détermination des salaires, qui fonctionnent depuis plus de trente ans, est complexe. Cela requiert une législation et un environnement qui favoriseraient la négociation collective. Or, ces conditions n'existent pas. Les syndicats doivent recevoir une formation afin de bien mener les négociations collectives et il est impérieux de renforcer les syndicats. La majorité des travailleurs à Maurice ne sont pas syndiqués à ce jour. Il faut aussi un changement radical de mindset, comme le répète Raj Makoond du Joint Economic Council (JEC), non seulement parmi les travailleurs et les syndicats, mais prioritairement parmi les employeurs, pour promouvoir la corporate social responsibility, pour qu'il y ait un climat de confiance au sein des entreprises pour un dialogue franc, et pour une plus grande transparence de la part des employeurs. Il faut à tout prix des pratiques de gestion de ressources humaines modérées et des forums permanents de dialogue dans chaque entreprise. Or, nous entendons la Mauritius Employers Federation parler ad nauseam du sens de responsabilité des travailleurs mais jamais de celle des employeurs et d'un new mindset parmi ses membres.

 

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