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ECLAIRAGE: Quelle égalité des chances pour les créoles ?
- By L' Express
- Published May 1, 2007
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L' Express
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L’Union Chrétienne (LUC), présidée par l’historien Benjamin Moutou, se formalise. Un bureau permanent ouvrira le 1er mai au Wong Shing Building à Rose-Hill. LUC confirme son engagement en faveur de la communauté chrétienne, principalement du prolétariat créole. LUC s’affirme comme un nouvel acteur de la société civile, un lobby.
Benjamin Moutou précise : “Chaque groupe à Maurice s’est fédéré pour défendre ses intérêts sauf la communauté chrétienne”. “Nous souhaitons établir une passerelle avec le pouvoir, rassembler les compétences pour favoriser l’insertion du groupe dans les secteurs productifs et assurer sa représentativité au sein des organismes publics et privés”, ajoute-t-il.
“Pour que la construction
de la nation mauricienne
aboutisse, le débat
sur l’identité plurielle
de Maurice doit être
dépassionné. Admettre
les inégalités
socio-économiques
et communautaires est
un premier pas engagé.”
Le président de LUC se base sur le staff list du gouvernement publié en 2006 pour avancer que seulement 2 % du personnel appartient au groupe chrétien. La sous-représentativité des chrétiens, et donc des créoles dans les institutions et dans le secteur privé, serait une preuve de leur marginalisation. Un rapport confidentiel du Conseil économique et social de l’Organisation des Nations unies de mars 2005 – Self assessment report for the African peer review mechanism – non édité et non validé jusqu’à l’heure, montre que “si la constitution préserve le droit des minorités, il n’empêche que de nombreux acteurs pointent la perception que tous les citoyens n’ont pas les mêmes opportunités pour intégrer le service public, ceci nourrissant un débat social”. C’est une source de frustrations, donc de tensions.
Jusqu’à la veille de l’indépendance, les gens de couleur appartenant au groupe créole formaient une élite. La peur d’une “indianisation” de l’île et l’ouverture des frontières australiennes aux populations non-blanches ont favorisé l’exode massif de l’intelligentsia créole. Un manque de leadership et un fatalisme semblent s’être indurés dans la conscience collective.
L’historien Jocelyn Chan Low indique : “La globalisation et la modernisation de l’économie ont affecté durement la communauté créole, dont la population active était composée de nombreux artisans”. Cela a eu pour conséquence l’exclusion de cette communauté.
Le christianisme est une caractéristique fondamentale de l’identité créole. L’universitaire rappelle que “l’Église a favorisé l’éducation des élites contrairement au mouvement de l’Arya Samaj chez les hindous dont l’action a permis l’émergence d’une génération de jeunes gens qualifiés issus de familles de petits planteurs”. C’est l’un des facteurs qui expliqueraient la sur-représentation des hindous dans le secteur public et la marginalisation des créoles.
Lindsay Morvan parle d’une “ghettoïsation” de la communauté. Il se réfère aux “zones d’éducation prioritaire (ZEP) qui souffrent d’un manque d’équipement et de ressources humaines”. Or, il se trouve que “ces ZEP se situent souvent dans des cités ouvrières majoritairement créoles”.
Lindsay Morvan note qu’il existe une prévalence de la pauvreté plus forte chez les créoles. Le reconnaître “n’est pas une tentation communale mais une volonté de dépouiller le fait communautaire de sa connotation sectaire afin d’adopter des politiques spécifiques pour chacun des groupes vulnérables en respectant leur spécificité”. L’inégalité doit, en fait, être appréhendée d’un point de vue socio-économique et non strictement communautaire.
L’éducation est clairement mise en relief par l’ensemble des acteurs impliqués. L’égalité des chances à l’embauche ne peut être effective tant que “50 % de la population des cités ouvrières ne passe pas le Certificate of Primary Education”, relève un travailleur social préservant l’anonymat.
À ce titre, LUC plaide pour “une scolarisation accélérée du prolétariat créole”. C’est ce défaut en termes d’éducation et de formation qui le vulnérabilise d’autant qu’il se concentre dans des quartiers périphériques, sous-équipés, où les maux sociaux sont exacerbés.
Un rapport du Conseil économique et social des Nations unies de 2002 corrobore cette idée : “Des études sur la communauté créole ont démontré qu’il existe une discrimination et une exclusion, au travers de taux supérieurs de mortalité infantile, de chômage, d’abandon de la scolarité au primaire, et d’un taux d’alphabétisation inférieur, comparativement aux autres communautés”.
Cette problématique éducative explique que cette population déshéritée ne peut prétendre à des postes à responsabilité. Tim Taylor, ancien chief executive officer de Rogers, affirme que “le secteur privé doit favoriser l’égalité des chances d’évolution en fonction du mérite”. Les clichés voudraient que peu de créoles occupent des postes à responsabilité dans le secteur privé “bien qu’il n’y ait pas de données précises sur ce sujet”, précise Tim Taylor. Mais “dans certaines industries, comme le tourisme, il y a un grand nombre de créoles occupant des postes à responsabilité même si à certaines fonctions nécessitant une formation académique poussée ils sont sous-représentés”. Le secteur privé doit conduire une réforme visant à dépasser les clivages ethniques car “dans le passé, le mérite n’était pas toujours le seul critère retenu dans les processus de recrutement”. Parallèlement, l’éducation et la formation supérieure et professionnelle sont les clés pour une meilleure représentation des groupes vulnérables à des postes décisionnels.
Certains préconisent donc l’adoption d’un arsenal législatif à travers une politique de discrimination positive ou plutôt une “affirmative action” comme l’entend Lindsay Morvan. L’origine sociale et communautaire ne doit pas être un frein à l’empowerment du groupe.
“Des études sur la
communauté créole
ont démontré qu’il existe
une discrimination et une
exclusion, au travers de
taux supérieurs de
mortalité infantile, de
chômage, d’abandon de la
scolarité au primaire, et
d’un taux d’alphabétisation
inférieur…”
Un rapport du professeur Anyangwe sur la situation des Droits de l’Homme à Maurice commandé par le Programme des Nations unies pour le développement et le gouvernement (juillet 2006) stipule : “Pour éliminer les obstacles auxquels font face les minorités, le gouvernement devrait adopter une législation spécifique accompagnée d’un ensemble d’autres mesures qui prennent pleinement en compte les besoins spécifiques de ces groupes, notamment les créoles et Chagossiens”.

