Plusieurs jours avant l’événement spectaculaire d’avril, qui a donné un nouveau visage au volcan, les volcanologues et autres scientifiques étaient très inquiets car les activités sismiques cent fois supérieures à la normale (3.3 sur l’échelle de Richter) furent enregistrées sur le réseau de surveillance de l’observatoire volcanologique de la Réunion. Cela à un niveau jamais atteint en plus de 25 ans.

La vigilance des volcanologues sur place s’est accentuée à partir de 1998 quand le volcan a commencé à se manifester à un rythme de deux à quatre fois l’an. La troisième éruption de l’année 2007 et les conséquences sont d’une telle ampleur que La Fournaise est dorénavant considérée comme un phénomène naturel à cent visages.

Cette fois-ci, le trémor éruptif en profondeur sous le cratère a dû déstabiliser le conduit entre la chambre magmatique et le sommet. Cela a permis une vidange à travers la paroi à 500 mètres d’altitude, vidange en provenance d’un bassin de magma mesurant 400 m x 600 m et qui a engendré un effondrement sommital d’une profondeur de 300 mètres sur une superficie de 2.5 km3 d’environ. Du jamais vu dans la période historique du volcan.

Le jeudi 12 avril, La Fournaise a lancé son dernier souffle, s’est rendormi. Et le calme est revenu au grand soulagement des habitants de Tremblet, de Brûlé, de Sainte-Rose (noms très évocateurs) et aux alentours du volcan et qui n’ont pas encore vraiment fini avec l’état de crise dans lequel l’éruption les a plongés et qui ont commencé à dépoussiérer leurs toits et les panneaux solaires. Pour les touristes c’était un vrai régal ; quant aux agriculteurs et aux fermiers dont les domaines ont été arrosés par des pluies acides avec un pH de 2.3 à 2.5, ils vont devoir baisser le taux d’acidité de leurs sols. Pour les scientifiques, La Fournaise mérite un long repos après une frasque aussi spectaculaire. Mais dès demain, la vigilance sera redoublée car au fond, dans les entrailles du volcan, la chambre magmatique a commencé d’emmagasiner ses énergies. C’est ce que m’a confié le directeur du Centre volcanologique de la Réunion, le professeur Thomas Stantacher lors d’une brève entrevue fort amicale.

Les laves, très fluides, se sont déversées vers la côte est, qui se situe à sept kilomètres du sommet, à une vitesse variant de 60 à 70 km par heure. Au contact de l’eau de la mer, la température de surface a grimpé de 22° C à 60° C. Cela a complètement bouleversé l’écosystème marin (la flore, la faune et le fond marin) et a généré un courant convectionnel avec pour résultat une montée de la faune marine en profondeur vers le haut et en contact avec un environnement subitement différent (chaud et acidique). Les poissons et autres espèces en provenance d’une profondeur allant de 60 à 500 mètres ont péri.

 

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