Christian Lefèvre, après avoir racheté White Sand Tours (WST) du groupe IBL avec René Seeyave et Peter Goldsmith, vous avez provoqué l'étonnement l'année dernière en vous séparant de vos deux partenaires. Pourquoi ce changement de cap soudain ?
Je n'aime pas me reposer sur les acquis et la boucle n'était pas bouclée. Il fallait que je poursuive mon chemin. Je me donne aujourd'hui les moyens de dépasser mes objectifs, ne serait-ce que pour sa-tisfaire un peu plus l'orgueil professionnel qui m'anime. L'avenir se conjugue dès maintenant. Ce changement de cap est aussi dû au fait que je suis quelqu'un de réso-lument optimiste et l'avenir pour moi ne peut qu'être positif. Mais celui qui ne fait rien, n'a rien. Il faut aussi mettre du sien pour dessiner les contours d'un avenir meilleur.
Où en sont vos relations avec sir René et Peter Goldsmith ?
Elles sont cordiales... C'est pas la peine de se tirer dans les pattes. Au contraire, tout le monde doit faire bloc.
Vous êtes depuis le 1er janvier Managing Director de Coquille Bonheur. Parlez-nous de ce nouveau tour- opérateur. Quelle est votre vision ? Comment comptez-vous vous démarquer de la concurrence ?
Pour la petite histoire, depuis la nuit des temps, les coquillages ont été décrits, étudiés dans tous leurs détails et à tous les niveaux de la connaissance comme un délassement des yeux et de l'esprit. La coquille bonheur des Mauriciens, c'est le coquillage par excellence. Elle est aussi l'emblème d'une distinction raffinée. Nous avons voulu associer ces coquilles à des prestations prestigieuses qui feront la joie des clients comme c'est le cas des collectionneurs.
Notre philosophie est d'affirmer une différence à travers un rejet des activités stéréotypes, de lutter contre l'uniformisation rampante des prestations. Dans le souci d'offrir un service prestigieux, Coquille Bonheur s'est dotée de l'expertise d'une consultante de la société 'L'étiquette et le Protocole International' afin d'inculquer l'art d'écouter et l'art de servir les clients à travers d'une formation novatrice et unique. Notre objectif étant la finesse du service, la souplesse et le dynamisme.
Tous nos clients sont accueillis personnellement par un personnel qualifié, à l'arrivée. Ils sont également guidés au départ. Nous mettons à la disposition de nos clients une flotte de véhicules haut de gamme avec des Jaguar, BMW, des 4X4 Fortuner et des voitures 'saloon' visant à améliorer à la fois l'efficacité et le confort de prestations. On redonne au visiteur le bonheur auquel il a droit.
Nous proposons des visites guidées ou sur mesure dans des sites de prestige ou hors des sentiers battus. Ces visites sont accompagnées par des professionnels multilingues qualifiés et par des personnalités connues. Nous pensons aussi que, plus que la découverte de sites culturels, les vacances réussies doivent être synonymes de rencontres avec la population locale. Ce seront les gens, autant que les paysages, qui permettront de se fabriquer des souvenirs.
Notre ambition, c'est d'être un réceptif ''boutique'' au service de quelques tour-opérateurs haut de gamme qui partagent nos valeurs et notre vision.
Vous avez vendu vos parts dans White Sand Tours ?
Oui, je me suis désengagé de la compagnie en cédant mes 15 % de parts à trois actionnaires, Peter Goldsmith, Altima et Marshall Trading.
D'aucuns prétendent que vous bénéficiez du soutien de quelqu'un de très haut placé...
Oui, c'est Dieu qui me soutient !
Comptez-vous puiser dans la clientèle de White Sand Tours pour assurer le succès de votre entreprise ?
Je m'attendais à cette question. Vous savez, je me suis fait beaucoup d'amis au niveau des tour-opérateurs étrangers avec lesquels je travaillais quand j'étais chez White Sand Tours et je ne vais pas fermer la porte à mes amis. Par ailleurs, je dois préciser que ce n'est nullement mon intention de m'acharner sur la clientèle de WST. Au contraire, Coquille Bonheur se positionne dans le segment haut de gamme d'où ma participation, prochainement, à plusieurs salons internationaux autres que les salons traditionnels.
Vous qui avez plus de 25 ans d'expérience dans l'industrie touristique, pourriez-vous expliquer pourquoi la croissance de cette industrie subit un ralentissement depuis ces cinq dernières années ?
La raison principale est certainement la forte concurrence à laquelle Maurice doit faire face sur le marché international du tourisme. Maurice figure parmi les destinations les plus chères au monde. Les voyageurs sont aujourd'hui davantage sensibles aux prix.
Les pays porteurs de l'Europe ont jusqu'à maintenant connu une hausse raisonnable. Beaucoup de professionnels du tourisme prédisent une hausse de 10 % en 2007. Cela veut dire environ 80 000 clients en plus donc 6 600 de plus par mois. Cette croissance ne peut malheureusement être envisagée en un tournemain. Nous connaissons bien les contraintes locales ; l'accès aérien en est une. Là encore, il faut se poser la question franchement : quelle qualité de touristes voulons-nous recevoir ? Le touriste 'baba cool' à la culture indéterminée, dépensant peu ou pas, ou le touriste de qualité, qui respecte la culture du pays, son environnement et qui fait vivre l'économie du pays ? Il ne faut pas refaire la même erreur que les Seychelles il y a quelques années de cela...
Dans le sillage du chikungunya et de la hausse de l'insécurité dans le pays notamment, estimez-vous qu'il faut revoir notre façon de promouvoir le pays à l'étranger ? En d'autres mots, êtes-vous de ceux qui estiment qu'il faut "dire la vérité" aux touristes potentiels ?
Si vous ne dites pas la vérité aux touristes, quelqu'un d'autre peut être un mauvais concurrent le fera certainement à votre place. Le monde du tourisme bouge très vite, la communication par Internet est bien ancrée dans les moeurs. Dans le cas du chikungunya, les tour-opérateurs et agents de voyages étaient au courant de la situation et si je ne me trompe pas, il y avait des affiches dans chaque établissement touristique de l'île.
Par contre, la hausse de l'insécurité peut en effet être nuisible. Agressions et vols ont terni l'image de pays tels les Caraïbes et l'Afrique du Sud. Une simple agression prend de l'ampleur et est contre notre tradition hospitalière. L'île Maurice doit à tout prix préserver sa réputation et maintenir une valeur de référence.
Assurer la pérennité de cette industrie sous-entend des actions rigoureuses qui prennent en considération ses besoins, ses exigences et ses failles. C'est aussi reconnaître et accepter que l'on ne peut plus laisser le touriste évoluer sans cadre. S'il appert aujourd'hui qu'il est plus que nécessaire d'avoir une charte de bonne conduite pour les opérateurs économiques et les Mauriciens en général, il faudra aussi avoir l'audace d'en créer une pour les milliers de touristes qui nous visitent.
Respect de l'environnement, de la culture, des us et coutumes locaux sont des devoirs que nous sommes en droit d'exiger de ceux qui nous visitent. Le tourisme n'est ni une grande braderie de notre identité nationale, ni une mise à l'encan de nos ressources et encore moins l'abandon de nos droits. Et de l'autre côté, il faut bien se mettre dans la tête que le touriste est tout sauf un pigeon !
Nous avons réalisé une excellente haute saison. Pensez-vous que cette tendance va se maintenir en 2007... Et quid de la basse saison ?
La basse saison dans l'industrie du tourisme est un phénomène qui touche des destinations touristiques à l'échelle mondiale. Il y a plusieurs raisons à la saisonna-lité. D'abord les réalités socioculturelles, des facteurs institutionnels tels que les vacances scolaires et professionnelles, la conjoncture économique, le climat et autres. Les voyages hors saison, surtout vers Maurice, une île lointaine avec des caprices climatiques, sont peu probables.