Maurice se place quelque peu à contre-courant de cette volonté internationale de protéger ces mammifères marins. Pour elle, 2007 sera très probablement l’année du démarrage du projet de delphinarium à Belle-Mare. Celui-ci consiste à capturer des dauphins sauvages, les dresser en captivité et les proposer comme divertissement à des visiteurs. Une des attractions du parc sera la possibilité de nager avec les dauphins.

“Il est possible pour
les vacanciers de
s’amuser et pour
les prestataires de
services touristiques
de travailler tout en
défendant une cause.”

La capture et l’exploitation des dauphins à des fins récréatives sont des activités très controversées, notamment en Europe où la sensibilité écologique des habitants est très développée. L’Europe qui est aussi le premier marché touristique pour Maurice et où le voyagiste TUI a une influence dominante. Celui-ci s’est engagé à être l’ambassadeur de la Convention pour la protection des espèces migratoires (Convention de Bonn). Autant dire que SIT Leisure, promoteur du projet, prend un pari plutôt risqué.

L’UNEP et son partenaire TUI prennent position en faveur de l’observation du dauphin dans son habitat naturel. “Nous estimons qu’il est possible pour les vacanciers de s’amuser et pour les prestataires de services touristiques de travailler tout en défendant une cause importante. Ce partenariat est pour nous une manière intelligente de conjuguer business et protection de l’environnement”, disait le Dr Michael Iwand, directeur de Corporate Environmental Management à TUI, à l’occasion du lancement de l’année du dauphin.

Une conviction qu’épouse également la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS). Elle entend profiter de la conjoncture pour proposer un code de conduite aux Mauriciens. Car, la bonne pratique veut que le batelier et les observateurs doivent veiller à ne pas stresser ou déranger le dauphin. Le code de la MMCS sera largement inspiré des recommandations faites par la Convention de Bonn.

Des sorties en mer pour observer les dauphins se font déjà à Maurice, au large de la baie du Tamarin, notamment. Quelque trois bateaux offrent ce service actuellement. “Il faut s’attendre à ce que l’observation des dauphins sauvages gagne en popularité dans les années à venir. Il est important de prendre dès à présent les précautions nécessaires pour assurer que cela se passe dans des conditions non stressantes pour les dauphins”, souligne Olivier Tyack, membre du MMCS.

Jacqueline Sauzier, présidente de l’organisation, évoque toute une stratégie visant à assurer une meilleure cohabitation entre les dauphins et les Mauriciens. La MMCS a déjà entrepris de former et de sensibiliser les opérateurs existants et potentiels ainsi que les habitants de la région côtière de la baie du Tamarin, sur le dauphin. Elle bénéficie de l’appui financier du Programme des Nations unies pour le développement. Elle compte à présent étendre cette intervention dans les autres régions de l’île ainsi que dans les écoles.

Meilleure cohabitation passe nécessairement par une meilleure connaissance de l’espèce. On sait très peu à propos des dauphins qui vivent dans les eaux mauriciennes. La MMCS compte lancer cette année une étude des communautés de dauphins vivant au large de Maurice. Elle emploiera le procédé de photo- identification. Il n’y a pas deux dauphins qui se ressemblent. Il suffit de savoir et de pouvoir les reconnaître.

Le peu de connaissances qu’on a actuellement sur les dauphins vivant à Maurice est attribuable à des observations personnelles de plongeurs, pêcheurs et de quelques scientifiques. Ainsi, on sait que les eaux mauriciennes abritent des espèces résidentes aussi bien que migratrices. On sait aussi qu’on peut les rencontrer un peu partout autour de l’île mais plus particulièrement dans le triangle de Grand-Baie – Pointe-aux-Canonniers – îlots du Nord et dans la zone s’étendant d’Albion à l’île-aux-Bénitiers dans l’Ouest.

“Dans le Nord et l’Ouest, on trouve surtout les dauphins pirouette ou long- bec qui sont plus petits et vivent en communautés de plusieurs dizaines. L’Est est surtout habité par les dauphins souffleurs qui peuvent atteindre jusqu’à trois mètres et qui vivent en petits groupes de moins de dix individus”, indique Olivier Tyack.

La MMCS porte à Maurice le flambeau de la protection des dauphins, allumé par l’UNEP, TUI et la principauté de Monaco. Elle compile un dossier à charge avant de se prononcer sur le projet de delphinarium de Belle-Mare. Elle le fait en collaboration avec des organisations internationales spécialisées dans la préservation des cétacés.

“Le promoteur a beau dire qu’il prendra grand soin des dauphins. Il ne peut tenir parole qu’au risque de la viabilité de son projet car il devra alors déployer des moyens logistiques énormes et très sophistiqués. Quand on connaît ses difficultés à gérer des installations relativement simples comme un parc aquatique, on est autorisé à être inquiet”, relève Olivier Tyack.

Du reste, le dauphin aime l’espace. Son territoire ne se limite pas aux côtes mauriciennes. Les mers de la planète tout entière sont son terrain de jeu et de chasse. L’obliger à vivre dans un bassin et à manger du poisson mort pour le plaisir des hommes n’a aucun sens.

 

Click here to read the Full Article