Qui est Linley Savriacooty ?
- By 5 Plus Dimanche
- Published July 13, 2006
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5 Plus Dimanche
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C’est sa parole, dit-elle, contre celle de tous. Si certaines personnes qui l’ont côtoyée, la décrivent comme une femme «décidée, dominatrice, matérialiste et une mangeuse d’hommes», celle qui se dit décidée, pieuse et dotée d’un moral d’acier, récuse la description qu’on fait d’elle et maintient : «Je n’ai rien inventé. Les gens racontent n’importe quoi. J’ai bien été kidnappée, droguée et agressée.»
Elle dit avoir été droguée et enlevée à Rose-Hill le mardi 27 juin. Retrouvée nue dans un champ à Fuel, elle affirme avoir été agressée sexuellement. Rebondissement quelques jours plus tard lorsqu’un témoin affirme l’avoir vue marchant sur la route à Camp-de-Masque, à l’heure même où elle allègue avoir été agressée. Depuis, cette affaire est un casse-tête pour les enquêteurs à cause d’autres zones d’ombre. Les interrogations sont nombreuses : les allégations de Marie-Linley Savriacooty tiennent-elles la route ?
Marie-Linley Savriacooty nous reçoit à l’étage d’une maison silencieuse et sobre qu’elle loue depuis peu à Mahébourg. Le visage pâle, cheveux ébouriffés, pantoufles, gilet et petite robe légère, celle qui se dit solide comme un roc, précise d’emblée : «Je réponds à ceux qui disent que je suis folle, que je suis saine d’esprit. D’ailleurs, je me soumets aux bons soins, la semaine prochaine, d’un psychiatre pour qu’il confirme ce que j’ai dit. Beaucoup de gens se posent des questions et se demandent comment une femme agressée sexuellement peut s’afficher et prendre la parole à la radio ou répondre aux questions des journalistes, je leur réponds que c’est un de mes traits de caractère. Les épreuves de la vie ont fait de moi une battante. Je suis une forte tête et je ne veux pas me laisser abattre.»
Devançant nos questions, elle ajoute : «Et si je prends la parole, c’est pour dénoncer l’injustice dont j’ai été victime. Il ne faut plus que les femmes subissent ce genre d’atrocités. D’ailleurs, je serais présente le 17 juillet à la marche pour dénoncer la violence envers les femmes. Il y a beaucoup de gens derrière moi.» Si au départ, les Mauriciens ont sympathisé avec Marie-Linley Savriacooty, les zones d’ombre autour de cette affaire ont engendré des doutes. Des personnes la traitent de mythomane ou de fabulatrice, mais elle reste impavide : «Ça ne me fait rien. Je maintiens tout ce que j’ai dit. Je ne suis pas une folle.»
Craint-elle que l’affaire ne se retourne contre elle et qu’on l’accuse d’avoir inventé son agression ? «Non. Je n’ai pas peur car je n’ai rien à me reprocher. Je suis clean. C’est moi la victime.» Elle prévient d’un air bourru : «Je vais poursuivre ceux qui me calomnient. Je ne vais pas me laisser faire.»
Elle scrute l’actualité avec frénésie sans perdre une miette des rebondissements et dit prier beaucoup pour «résister aux nombreuses attaques» dont elle se dit victime : «On raconte beaucoup de choses sur moi. Et si je suis toujours digne, c’est parce que Dieu me donne la force d’avancer. Depuis très jeune, je suis croyante et cela m’aide à affronter les épreuves de la vie.»
Si Marie-Linley Savriacooty est directe sur certaines questions, elle est par contre réfractaire à d’autres. Qu’en est-il de ses mariages ? «A l’âge de 21 ans, je rencontre mon premier mari. On fut très heureux ensemble et il me donna deux fils, aujourd’hui âgés de 15 et 17 ans.» Elle refuse d’en dire plus sur son identité et réfute le fait qu’il se soit suicidé, en se jetant du pont de la Ville-Noire : «C’est faux. Il est mort dans un accident. Je ne veux pas en parler.» Après sa mort, Marie-Linley Savriacooty raconte qu’elle a mis le cap sur l’Angleterre : «J’avais de jeunes enfants. Il fallait que j’assure leur avenir.» Elle y reste sept mois travaillant comme assistante d’un dentiste. Pendant ce temps, elle confie ses enfants à sa mère : «Je leur envoyais de l’argent chaque mois.» Au bout de sept mois, voulant les revoir, elle plie bagage et retourne à Maurice.
Et ses autres maris et son mariage avec le dénommé Bignoux ? «Comme je vous l’ai dit, c’est du passé.» Et les allégations d’enlèvement et d’agression sexuelle contre sa personne qu’elle avait faite à l’encontre de ce dernier en 2000 qui ressemble aux événements du mardi 27 juin ? «Cette affaire est vraie. Si je n’ai pas été en cour quand l’affaire a été entendue, c’est que je n’ai pas été convoquée.» Ses présumés agresseurs à l’époque ont donc bénéficié d’un non-lieu.
Qu’en est-il de son arrestation en 2001 à la rue Brown-Séquard, à Curepipe ? «Je ne vais pas en parler. Je n’ai jamais été arrêtée pour prostitution. Il faudra le prouver.» Selon les recoupements d’information, elle avait été arrêtée sous une charge provisoire de ‘soliciting male person for immoral purpose’. Elle avait bénéficié d’un non-lieu. Et, par rapport aux rumeurs qu’elle aurait géré et travaillé dans un salon de massage : «C’est totalement faux. Et alors ? Est-ce malsain de travailler dans un salon de massage ? Ce sont les Mauriciens qui trouvent cela malsain. En France, par exemple, ce n’est pas mal vu du tout.» Cela veut dire qu’elle y a travaillé ? «Pas du tout.»
On dit aussi d’elle qu’elle est une femme prête à tout pour arriver à ses fins ? Elle hésite quelques minutes et répond : «Ce sont des on-dit pour me déstabiliser.» Même chose pour ceux qui disent qu’elle est matérialiste voulant toujours plus que les autres, ou dominatrice, qu’elle mène les hommes à la baguette : «Que des calomnies !» Si elle refuse de donner plus de détails sur ses précédents mariages, par contre, elle raconte longuement sa rencontre avec Stéphano Savriacooty, 34 ans : «Il est ma force, celui qui me permet d’avancer. J’affronte dignement toute cette affaire pour lui. C’est faux de dire qu’il a quitté le toit conjugal. Il est toujours à mes côtés d’ailleurs. Il était avec moi pour la reconstitution des faits.»
Leur rencontre remonte à 2001 dans un avion, alors qu’elle se rend en Afrique du Sud pour des vacances : «On s’est vus et on s’est plus.» C’est le début d’une grande histoire d’amour, malgré l’opposition de la famille de Stéphano : «Ils avaient des préjugés et ne voulaient pas que leur fils épouse une femme qui avait des enfants.» Quelque temps après, elle est enceinte : «En 2002, je suis tombée enceinte de Stéphano mais dans un accident de voiture, j’ai perdu l’enfant. Le même jour, à la clinique, Stéphano m’a demandé ma main.» En 2003, ils se marient en l’église anglicane de Saint-Thomas et la réception a lieu à Le Val Nature Park : «Les proches de Stéphano ne sont pas venus au mariage.» Le couple met ensuite le cap sur la Malaisie pour leur lune de miel. La suite nous la savons : Marie-Linley, tombe enceinte une nouvelle fois et le couple fait construire une maison à Mauripark, New-Grove, avant que toute l’affaire ne commence.
Et son enfance ? «Je suis la cadette d’une famille modeste de quatre enfants, qui m’a transmise des valeurs et qui m’a enseignée à tout affronter même si je suis une femme.»
Sa mère Solange est femme au foyer et son père Rémi, à la retraite, était chef tourneur à Beau-Champ SE. Elle fait ses classes à l’école primaire Duperré et au collège Lorette de Mahébourg où «pendant mon adolescence je me suis épanouie». Marie-Linley goûte au sport et devient une pro du saut en longueur et des courses de fond : «J’ai même été à la Réunion pour représenter Maurice en plusieurs occasions. Je me souviens que je faisais la fierté de mon papa.» Par la suite, elle dit découvrir Dieu, se joint à des chorales et participe aux activités à l’église. Se décrivant comme une «élève moyenne», elle étudie jusqu’au HSC et enseigne le français pendant sept ans dans une école primaire privée. «Je ne souhaite pas révéler le nom de l’institution où j’ai travaillé, mais j’en garde de très bons souvenirs.»
Aujourd’hui, elle est la principale protagoniste d’une affaire qui a pris d’énormes proportions. Si, pour beaucoup, son histoire ne tient pas la route, Marie-Linley Savriacooty reste inébranlable.
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