Les corps sans vie de Ramesh Sandooram, homme marié de 38 ans, et d’Anshi Ittoo, étudiante de 17 ans, sont retrouvés le 14 novembre 2002 flottant dans les eaux de Bassin-Blanc. Si la police avait conclu à l’époque à un suicide, le médecin légiste Satish Boolell a, dans son rapport, évoqué une hémorragie cérébrale causée par des coups que les victimes ont reçus. (Voir hors-texte). La descente des lieux, dans le cadre de l’enquête judiciaire rouverte il y a quelques mois, vise à essayer de répondre aux multiples hypothèses, rumeurs et contradictions à l’époque.

Lunettes de soleil, tenue de sport et cheveux au vent, la magistrate Razia Janoo-Jaunbaccus qui préside l’enquête, toute souriante et joviale, fait son entrée. Elle attire les regards mais elle fait savoir d’emblée à la presse qu’elle ne désire pas que ses photos en cette tenue soient publiées. Même si on est dans la nature, on doit obéir à cet ordre de la cour.

Les avocats de la poursuite se présentent ensuite. Les robes noires sont rangées au placard. A la place, on a droit aux track-suits, casquettes et lunettes de soleil. Ironie, les journalistes sont en tenue classique munis de leurs fidèles carnets de notes et stylos.

Il est 13 heures. Dans ce décor inhabituel, l’huissier aussi est présent. Mais, contrairement à son habitude, il n’aura pas à prononcer le classique «Silence ! La cour», pour signifier que le tribunal va siéger. Tout est prêt pour le début de cette nouvelle séance de l’enquête judiciaire sur le drame qui s’est joué là. Première étape, descendre jusqu’aux eaux du lac du cratère. C’est le souhait des avocats de la poursuite, le principal state counsel Rajesh Ramloll et Me Moun Seetaram. On distingue l’inspecteur Hemann Dass Goorah dans sa tenue de camouflage. Il est encadré de la magistrate, des avocats de la poursuite et de Me Siv Potaya, l’homme de loi de la famille Sandooram. Le policier déploie un plan et explique où ils vont commencer la descente vers le lac.

«Leurs corps ont-ils été jetés dans le lac ?»

Les officiers de la Special Mobile Force (SMF) sont en tête du peloton, suivis de la magistrate, des hommes de loi. Les journalistes ferment le cortège, escortés par des policiers. La descente n’est guère facile. La pente est glissante et dangereuse.

La police a tout prévu. Des cordes placées des deux côtés du sentier permettent de s’agripper et d’éviter toute chute. Malgré cela, les choses ne sont guère évidentes. Le sentier est boueux, glissant et les rochers couverts de goémon. Seul réconfort : les goyaves de Chine qu’on peut cueillir et goûter en descendant les pentes étroites.

Le chemin emprunté est celui dépisté par les chiens renifleurs quand la police recherchait les corps des amants en novembre 2002. A l’aide d’un mouchoir d’Anshi Ittoo, les chiens avaient flairé son odeur et mené les enquêteurs jusqu’au deux corps qui flottaient dans le lac.

Comment sont-ils arrivés là ? Se sont-ils jetés du haut du cratère pour terminer leur course dans l’eau ? Impossible. Il existe trop d’arbres et d’autres plantes sur les pentes du lac. Leur chute aurait été stoppée. Leurs corps sans vie ont-ils été transportés et jetés dans le lac ? «C’est pour tenter de répondre à cette question que nous faisons cette descente. Aurait-on pu descendre deux cadavres sur ces pentes glissantes et remplies d’obstacles jusqu’au lac ? A priori très difficile, mais nous laissons le soin à la magistrate de tirer ses conclusions», déclare le principal state counsel Rajesh Ramloll.

La visite du bassin dure environ une demi-heure. Rapide, grâce à l’aide des cordes et de la présence de la SMF. Sinon cela aurait été plus difficile et il y aurait eu certainement de nombreuses chutes au rendez-vous. La magistrate s’intéresse aux lieux où les corps ont été découverts. Autre élément : un point désigné par l’inspecteur Goorah. Il s’agit de l’endroit où le téléphone portable de Ramesh Sandooram a été retrouvé.

C’est presque à bout de souffle que tout le monde regagne le sommet du cratère. «Au fur et à mesure qu’on avance dans l’enquête, j’ai l’impression que le mystère s’épaissit. S’ils ont été tués, comment leurs corps ont-ils pu être descendus jusqu’au bassin sur ces pentes. Ce n’est pas quelque chose de facile», se demande Me Siv Potaya, essoufflé.

 

Est-on plus avancé après cette visite ? Personne n’est sûr. Les familles, qui attendent depuis quatre ans des éclaircissements sur le drame qui les a affectées, (Voir hors-texte) ne sauront peut-être jamais la vraie raison du drame des amants de Bassin-Blanc… À moins que le lac ne révèle un jour ses secrets.

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L’angoisse des trois familles

Tejmansingh, le père de Ramesh Sandooram, répond présent à Bassin-Blanc en ce jeudi avec l’espoir d’y voir plus clair. «Je me sens triste. C’est difficile d’oublier que mon fils a perdu la vie dans de telles circonstances. Je l’ai vu la dernière fois qu’il a quitté la maison. Il avait mangé un bout de pain et bu une tasse de thé et puis il est sorti. Je ne pouvais deviner que c’était la dernière fois. Sa femme et ses enfants sont partis à l’étranger. Ils vont bien. «Je suis ici aujourd’hui pour avoir des éclaircissements sur ce qui s’est réellement passé», confie le septuagénaire à 5-Plus dimanche.» Mais il ne pourra faire la descente car il n’a pas l’énergie nécessaire pour dévaler les pentes qui mènent au lac.

Contrairement aux Sandooram, les Ittoo ne sont pas présents. Mais les parents de Nitin Dawoojee - cousin de Bipin Ittoo (NdlR : le frère d’Anshi) sont au rendez-vous. Nitin et sa mère avaient été interpellés le même jour que Bipin, puis relâchés. Ils sont accompagnés de Me Mauree, leur avocate. L’oncle d’Anshi Ittoo confie à 5-Plus dimanche que «c’est facile de descendre jusqu’au lac mais difficile, par contre, de remonter». Les Dawoojee ajoutent qu’ils sont «décus de ne pas avoir été entendus jusqu’à l’heure» par la Commission des droits de l’homme à qui ils ont adressé plusieurs lettres pour se plaindre de brutalités de la MCIT lors de leur interpellation.

Pour la famille Ittoo que 5-Plus dimanche a rencontrée, «le mystère reste entier car la vérité est ailleurs». Ils sont persuadés qu’on ne va pas retrouver les coupables par la façon dont on procède. Diya, le père d’Anshi estime que «si Anshi et Ramesh ont été tués là-haut, il est très dur pour celui ou ceux qui l’auraient fait de les transporter sur leurs épaules». Les parents d’Anshi et leur fils Bipin expliquent pourquoi ils n’étaient pas à Bassin-Blanc pour la descente des lieux. Rani, la mère d’Anshi, a été hospitalisée de lundi à mercredi et elle devra se faire opérer. Son époux et son fils l’avaient accompagnée chez un médecin privé, jeudi.

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Les conclusions du médecin légiste

Le témoignage tant attendu du Dr Satish Boolell, a été entendu mardi en cour de Souillac. «Je laisse le soin aux enquêteurs de déterminer s’il y a eu foul play ou non.» À l’époque la police avait conclu à un double suicide. Le médecin légiste attribue les décès d’Anshi Ittoo et de Ramesh Sandooram à une hémorragie cérébrale de nature traumatique. Les deux portaient plusieurs traces de violence et des blessures. Et leur mort est due aux coups reçus. Lors de l’autopsie d’Anshi Ittoo, il avait constaté que «no gravel, mud particles or vegetations from Bassin-Blanc medium were seen on the naked body», mais que le cadavre portait des traces de violence. Il y avait d’importants hématomes sur le scalp et le corps de la jeune collégienne mais pas de fracture du crâne. Les trois blessures à la tête «front, top and back» ont été provoquées par des «blunt blows to that area». Les secrets du rapport du Dr Boolell sont ainsi révélés.

Suppositions et déductions

Plusieurs hypothèses et rumeurs avaient été avancées à l’époque du drame. Un gardien d’une chasse aurait affirmé avoir aperçu, ce jour-là, la voiture d’un couple ‘en détresse’, poursuivie par des hommes cagoulés et armés. Une autre thèse de mistaken identity avait été avancée. Kishan Hazareesing, un cousin du défunt Sandooram et suspect dans l’agression contre le Dr Malhotra, gendre de sir Anerood Jugnauth, avait vendu sa voiture à son cousin, quelques semaines avant. Des personnes qui en voudraient à Hazareesing auraient pu se tromper entre les cousins. Mais l’avocat du Dr Malhotra, Me Yousuf Mohamed, nous avait déclaré que son client n’avait rien à voir dans cette affaire. C’est le suspect Antoine Chetty, écroué dans une affaire de drogue, qui allait relancer l’affaire en alléguant à l’Adsu que le frère d’Anshi Ittoo l’aurait contacté pour agresser Sandooram. Bipin Ittoo (26 ans) a été arrêté le 29 mars sur son lieu de travail par la MCIT. Les hommes de l’ASP Prem Raddhoa le soupçonnent d’assassinat ou de complot d’assassinat. Sa version des faits et son alibi le jour de la disparition des deux amants n’ont pas convaincu les enquêteurs. Une charge provisoire d’assassinat est retenue contre lui. Raddhoa est assigné comme témoin lors de la prochaine séance de l’enquête préliminaire le 2 mai. Il devra donner les raisons qui l’ont motivé à arrêter Bipin Ittoo. Ce dernier nie en bloc les accusations à son encontre.

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