Double meurtre à Lallmatie
- By 5 Plus Dimanche
- Published March 29, 2006
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5 Plus Dimanche
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R : Au début, j’étais extrêmement heureux d’avoir retrouvé la liberté. Mais je constate que je suis encore emprisonné par les lois. Je ne peux pas circuler à Lallmatie alors que c’est le village où j’ai vu le jour et vécu depuis 22 ans. Je suis loin de ma famille. Je ne sors pas parce que les gens ont des préjugés contre moi. Je comprends les points de vue et l’attitude de ces personnes. Surtout après les choses publiées dans la presse. Beaucoup de journaux ont écrit des faussetés.
Q : Revenons à votre agression. Pourquoi avez-vous préféré courir jusqu’à la rue Vinobha chez un ami policier qui allait vous fournir un alibi alors qu’il était plus facile d’aller chez vous car vous n'habitez pas loin de la maison des Jhurry à la rue Bhuruth ?
R : J’ai tout expliqué dans ma déposition. Je ne suis pas supposé révéler les détails de l’enquête (voir hors-texte).
Q : Quelles sont vos relations avec les Jhurry ?
R : C’est faux de dire que nous étions en désaccord. Nous avions des relations civilisées, c’est tout.
- Une rumeur circulait que vous n’étiez pas en bons termes avec eux car ils vous auraient dénoncé à la police dans une affaire de gandia vous impliquant avec des amis.
R : Cette histoire est fausse. Je demande à ceux qui disent que je consomme du gandia de le prouver. D’ailleurs, j’ai un alibi. Je donne de mon sang à la Blood Donors Association quatre fois par an. Je ne pense pas que cet organisme accepterait le sang d’un fumeur de gandia.
Q : Prenez-vous des drogues dures ?
R : Non. Même pas du cannabis.
Q : Quelles étaient vos relations avec votre oncle Rajesh Ramlogun ?
R : Eh bien (Ndlr : soupir)! C’était des relations civilisées. Je ne cherchais pas à fouiner dans sa vie privée et familiale. C’était réciproque.
Q : Faites-nous son portrait.
R : Je préfère ne pas faire de commentaires.
Q : De nombreux faits intriguent les enquêteurs. Ils sont, entre autres, en présence de deux versions de vous. Pourquoi avez-vous dit, la première fois, que vous marchiez lorsqu’un individu vous a agressé alors qu’ensuite, vous dites que votre oncle vous a agressé ?
R : Je tiens à faire ressortir que, dès le départ, j’ai donné une seule version. Je ne sais pas comment on peut dire qu’il existe plusieurs versions.
Des personnes avancent que j’ai profité de la mort de mon oncle, Rajesh Ramlogun (Ndlr : mort en détention policière alors qu’il était accusé de complicité du meurtre d’Asha et d’Indira Jhurry le 5 janvier à Lallmatie) pour jeter le blâme sur lui. Je précise que je l’avais dénoncé bien avant sa mort.
Q : Pourquoi l’avoir dénoncé ?
R : Je ne veux pas me prononcer car c’est un élément technique de l’enquête.
Q : Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris que votre oncle était décédé en détention policière ?
R : Évidemment, mon oncle allait être puni par la cour mais de quel droit la Major Crime Investigation Team (MCIT) s’est-elle permis de le juger et de le punir de façon brutale. (Ndlr : sept enquêteurs de la MCIT ont été arrêtés après la mort de Ramlogun. Une charge provisoire de manslaughter pèse sur eux)
Q : Votre oncle est-il impliqué dans le meurtre des belles-sœurs Jhurry ?
R : Oui, il a quelque chose à voir dans cette affaire. J’ai vu des choses.
Q : Qu’avez-vous vu ?
R : J’ai donné les détails aux enquêteurs.
Q : Était-il seul ?
R : Je n’en dirai pas plus car c’est dans ma déposition.
Q : Pour quelle raison votre oncle les aurait-il tuées ?
R : Je ne peux pas vous répondre.
Q : Vous avez dénoncé votre oncle. N’avez-vous pas de remords ?
R : J’ai seulement des regrets concernant la façon dont il est mort.
Q : Autre fait qui intrigue les enquêteurs : comment se fait-il que votre présumé agresseur vous a assené un seul coup de couteau alors qu’il venait de poignarder les belles-sœurs Jhurry de plusieurs coups ?
R : J’ai donné tous les détails dans ma déposition.
Q : Les enquêteurs pensent que vous avez inventé le vol pour justifier votre présence sur les lieux du drame. Ils vous soupçonnent d’être l’auteur du double meurtre car deux couteaux de cuisine, dont l’un serait l’arme du crime, manquent chez vos parents. Les policiers n’écartent pas la thèse que vous auriez pu vous auto-poignarder pour brouiller les pistes. Qu’avez-vous à dire ?
R : Je n’étais pas au courant de l’histoire des deux couteaux qui manquent. Je l’ai appris un jour avant ma libération. J’ai la conscience claire. Je maintiens que je suis innocent. Si la police dit que je suis coupable, eh bien, qu’elle le prouve !
- Un autre élément joue contre vous. La lame du couteau retrouvé dans votre ventre pointe vers le haut alors que vous dites que votre oncle vous a agressé. S’il l’avait fait, la lame pointerait vers le bas…
R : Lorsque j’ai été libéré, j’ai pris un couteau semblable pour simuler l’agression. Que la lame soit en haut ou au bas, il n’y a pas de différence. Dans les deux cas, elle transperce mon corps.
Q : Comment votre présumé agresseur a-t-il fait pour vous poignarder ?
R : Les détails sont dans ma déposition mais cela s’est passé assez vite.
Q : Est-ce votre oncle qui vous a infligé le coup ?
R : Je ne peux pas répondre. Cela pourrait être un outrage à la cour.
Q : Il y a une thèse que le soir du meurtre, vous étiez sur le chemin quand vous avez vu Atma Jhurry sortir dans son taxi. Vous seriez alors parti agresser les deux belles-sœurs. Votre but était de verser du sang, vu que vous seriez membre d’une secte…
R : J’ai un emploi du temps très chargé.
Comment aurais-je pu savoir
à quelle heure les personnes sortent de chez elles ? J’étais à la maison à cette heure mais à un moment je suis sorti acheter des cigarettes à la boutique. Je trouve cette thèse insensée. Je n’ai jamais appartenu à une secte. Que ceux qui le disent le prouvent.
Q : Vous avez peint d’étranges dessins sur une façade de votre maison qui a été recouverte de peinture blanche. Êtes-vous membre d’une secte ?
R : Il y a plusieurs parties dans ces dessins et ils sont tous abstraits. Ce sont des designs que j’ai vus dans des magazines et que j’ai essayé de copier. Doit-on me juger pour cela ? Si c’était le cas, il faudrait poursuivre ceux qui les ont faits.
Q : Il y a également la thèse de vengeance sur les Jhurry. Vos réactions.
R : Je ne consomme pas du gandia. Alors
comment se fait-il qu’il y ait une plainte contre moi dans ce sens ? Je suis toujours tranquille dans mon coin.
Q : On dit que vous avez prétexté le vol pour justifier votre présence sur les lieux du crime…
R : Me référant aux propos des enquêteurs, il n’y a pas eu de vol dans la maison des Jhurry ce soir-là. Pourquoi aurais-je dû aller voler ? J’obtiens tout ce que je désire de mes parents. Ma déposition à la MCIT a été déformée. Les enquêteurs sont venus dire que j’ai vu deux cadavres et que j’en ai profité pour voler. Je ne comprends pas. Je leur ai dit : «Non, je n’ai rien volé.» Au cas où j’aurais volé, quelque chose aurait dû manquer dans la maison. Or, rien ne manque.
Q : Seriez-vous étonné s’il y avait vos empreintes sur les lieux du crime ?
R : Non. Cela ne m’étonnerait pas. J’ai dit aux enquêteurs que j’étais sur les lieux du double meurtre.
Q : Que faisiez-vous dans la maison des Jhurry ?
R : J’ai entendu un appel de détresse. Je ne peux rien vous dire d’autre car tous les détails sont dans ma déposition.
Q : Si on vous dit qu’un objet vous appartenant (Ndlr : savate, t-shirt ou short) porte des traces du sang des victimes, qu’avez-vous à répondre ?
R : Cela m’étonnerait. J’ai un petit mot spécial pour Monsieur Atma Jhurry. S’il savait ce qui s’est réellement passé dans la soirée du 5 janvier, il me remercierait. Et s’il n’est pas satisfait quand la cour prononcera mon innocence, je suis disposé à subir les punitions qu’il voudrait m’infliger.
Q : Pourquoi Monsieur Jhurry doit-il vous remercier ?
R : Je ne veux pas vous donner de détails à ce sujet.
Q : Pourquoi accepteriez-vous une punition alors que vous clamez votre innocence ?
R : Je serai simplement heureux de voir Monsieur Atma Jhurry soulagé.
Q : Et si la Cour vous trouve coupable ?
R : Je ne pense pas que ce sera le cas. Dommage que la presse et le public m’aient déjà jugé.
Q : Comment s’est passé votre interrogatoire à la MCIT ?
R : C’était un calvaire. Je ne m’en suis toujours pas remis. Je fais toujours des cauchemars.
Q : Et votre détention ?
R : J’ai fait un court séjour dans le milieu carcéral mais c’était très enrichissant. J’ai appris beaucoup de choses et rencontré beaucoup de personnes qui m’ont fait part de leurs doléances, entre autres, sur l’hygiène, le manque de discipline et de respect envers les détenus et l’absence des nécessités de base. Certains n’ont ni cuillère ni gobelet. Je vais constituer un dossier à l’intention du commissaire des prisons.
Q : Votre mère et votre sœur sont provisoirement accusées de complicité. Invitées à fournir leur emploi du temps le soir du drame, elles auraient donné des versions contradictoires. Vos réactions.
R : Je ne suis pas au courant des contradictions. Leur arrestation a été illogique. Elles ont été arrêtées sans preuves et sans raison valable.
Q : Votre tante Bindu Ramlogun recherche une protection policière car elle craint pour sa sécurité et celle de ses trois enfants depuis que vous avez été libéré sous caution. Est-ce justifié ?
R : C’est illogique. Ce n’est pas pour sa sécurité que la cour m’interdit d’aller à Lallmatie mais pour la mienne. Je n’ai aucune raison de l’agresser. C’est elle qui a une raison de le faire. J’ai dénoncé son mari. D’ailleurs, dans un entretien avec la presse, elle a parlé de «vengeance». Ses déclarations m’ont porté préjudice. Je compte, avec l’aide de mon avocat, Me Jim Seetaram, lui intenter un procès en diffamation.
Q : Quelles sont vos relations avec votre tante ?
R : On avait des relations civilisées. Je tiens à faire ressortir qu’elle n’était pas à la maison du 2 au 5 janvier. Elle était partie, avec ses enfants, chez sa mère. Mon oncle dormait alors chez nous.
Q : Était-elle partie à cause de problèmes familiaux ?
R : Non. En raison des fêtes de fin d’année.
Q : Votre tante intente un procès à l’État pour la mort de son mari. Comment accueillez-vous cette décision ?
R : Sans commentaires.
Q : Avez-vous des amis à Lallmatie ?
R : Très peu. Les rares que j’ai sont des universitaires et des professionnels.
Q : Les forces vives de Lallmatie se sont élevées contre votre libération sous caution. Vous sentez-vous indésirable ?
R : Je suis indésirable pour certaines personnes. Certains essaient de tirer profit de cette affaire à des fins politiques. Je ne vais pas citer de noms.
Q : Parlez-nous de votre parcours académique…
R : Après l’école primaire de Lallmatie, j’ai fréquenté le collège Royal de Port-Louis. Je suis maintenant en troisième année à la faculté de Civil engineering de l’Université de Maurice.
Q : Quels sont vos projets en attendant le début du procès ?
R : Je vais reprendre mes cours et me rattraper. Mon stage aurait dû se terminer en 2007. D’autre part, j’aime le volontariat depuis mon adolescence et, cette année, je compte lancer une radio interne à l’université et la publication d’un deuxième journal.
Q : Avez-vous une petite amie ?
R : Avec mon emploi du temps chargé, je n’ai pas le temps pour ce genre de trucs.
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Q : Revenons à votre agression. Pourquoi avez-vous préféré courir jusqu’à la rue Vinobha chez un ami policier qui allait vous fournir un alibi alors qu’il était plus facile d’aller chez vous car vous n'habitez pas loin de la maison des Jhurry à la rue Bhuruth ?
R : J’ai tout expliqué dans ma déposition. Je ne suis pas supposé révéler les détails de l’enquête (voir hors-texte).
Q : Quelles sont vos relations avec les Jhurry ?
R : C’est faux de dire que nous étions en désaccord. Nous avions des relations civilisées, c’est tout.
- Une rumeur circulait que vous n’étiez pas en bons termes avec eux car ils vous auraient dénoncé à la police dans une affaire de gandia vous impliquant avec des amis.
R : Cette histoire est fausse. Je demande à ceux qui disent que je consomme du gandia de le prouver. D’ailleurs, j’ai un alibi. Je donne de mon sang à la Blood Donors Association quatre fois par an. Je ne pense pas que cet organisme accepterait le sang d’un fumeur de gandia.
Q : Prenez-vous des drogues dures ?
R : Non. Même pas du cannabis.
Q : Quelles étaient vos relations avec votre oncle Rajesh Ramlogun ?
R : Eh bien (Ndlr : soupir)! C’était des relations civilisées. Je ne cherchais pas à fouiner dans sa vie privée et familiale. C’était réciproque.
Q : Faites-nous son portrait.
R : Je préfère ne pas faire de commentaires.
Q : De nombreux faits intriguent les enquêteurs. Ils sont, entre autres, en présence de deux versions de vous. Pourquoi avez-vous dit, la première fois, que vous marchiez lorsqu’un individu vous a agressé alors qu’ensuite, vous dites que votre oncle vous a agressé ?
R : Je tiens à faire ressortir que, dès le départ, j’ai donné une seule version. Je ne sais pas comment on peut dire qu’il existe plusieurs versions.
Des personnes avancent que j’ai profité de la mort de mon oncle, Rajesh Ramlogun (Ndlr : mort en détention policière alors qu’il était accusé de complicité du meurtre d’Asha et d’Indira Jhurry le 5 janvier à Lallmatie) pour jeter le blâme sur lui. Je précise que je l’avais dénoncé bien avant sa mort.
Q : Pourquoi l’avoir dénoncé ?
R : Je ne veux pas me prononcer car c’est un élément technique de l’enquête.
Q : Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris que votre oncle était décédé en détention policière ?
R : Évidemment, mon oncle allait être puni par la cour mais de quel droit la Major Crime Investigation Team (MCIT) s’est-elle permis de le juger et de le punir de façon brutale. (Ndlr : sept enquêteurs de la MCIT ont été arrêtés après la mort de Ramlogun. Une charge provisoire de manslaughter pèse sur eux)
Q : Votre oncle est-il impliqué dans le meurtre des belles-sœurs Jhurry ?
R : Oui, il a quelque chose à voir dans cette affaire. J’ai vu des choses.
Q : Qu’avez-vous vu ?
R : J’ai donné les détails aux enquêteurs.
Q : Était-il seul ?
R : Je n’en dirai pas plus car c’est dans ma déposition.
Q : Pour quelle raison votre oncle les aurait-il tuées ?
R : Je ne peux pas vous répondre.
Q : Vous avez dénoncé votre oncle. N’avez-vous pas de remords ?
R : J’ai seulement des regrets concernant la façon dont il est mort.
Q : Autre fait qui intrigue les enquêteurs : comment se fait-il que votre présumé agresseur vous a assené un seul coup de couteau alors qu’il venait de poignarder les belles-sœurs Jhurry de plusieurs coups ?
R : J’ai donné tous les détails dans ma déposition.
Q : Les enquêteurs pensent que vous avez inventé le vol pour justifier votre présence sur les lieux du drame. Ils vous soupçonnent d’être l’auteur du double meurtre car deux couteaux de cuisine, dont l’un serait l’arme du crime, manquent chez vos parents. Les policiers n’écartent pas la thèse que vous auriez pu vous auto-poignarder pour brouiller les pistes. Qu’avez-vous à dire ?
R : Je n’étais pas au courant de l’histoire des deux couteaux qui manquent. Je l’ai appris un jour avant ma libération. J’ai la conscience claire. Je maintiens que je suis innocent. Si la police dit que je suis coupable, eh bien, qu’elle le prouve !
- Un autre élément joue contre vous. La lame du couteau retrouvé dans votre ventre pointe vers le haut alors que vous dites que votre oncle vous a agressé. S’il l’avait fait, la lame pointerait vers le bas…
R : Lorsque j’ai été libéré, j’ai pris un couteau semblable pour simuler l’agression. Que la lame soit en haut ou au bas, il n’y a pas de différence. Dans les deux cas, elle transperce mon corps.
Q : Comment votre présumé agresseur a-t-il fait pour vous poignarder ?
R : Les détails sont dans ma déposition mais cela s’est passé assez vite.
Q : Est-ce votre oncle qui vous a infligé le coup ?
R : Je ne peux pas répondre. Cela pourrait être un outrage à la cour.
Q : Il y a une thèse que le soir du meurtre, vous étiez sur le chemin quand vous avez vu Atma Jhurry sortir dans son taxi. Vous seriez alors parti agresser les deux belles-sœurs. Votre but était de verser du sang, vu que vous seriez membre d’une secte…
R : J’ai un emploi du temps très chargé.
Comment aurais-je pu savoir
Q : Vous avez peint d’étranges dessins sur une façade de votre maison qui a été recouverte de peinture blanche. Êtes-vous membre d’une secte ?
R : Il y a plusieurs parties dans ces dessins et ils sont tous abstraits. Ce sont des designs que j’ai vus dans des magazines et que j’ai essayé de copier. Doit-on me juger pour cela ? Si c’était le cas, il faudrait poursuivre ceux qui les ont faits.
Q : Il y a également la thèse de vengeance sur les Jhurry. Vos réactions.
R : Je ne consomme pas du gandia. Alors
comment se fait-il qu’il y ait une plainte contre moi dans ce sens ? Je suis toujours tranquille dans mon coin.
Q : On dit que vous avez prétexté le vol pour justifier votre présence sur les lieux du crime…
R : Me référant aux propos des enquêteurs, il n’y a pas eu de vol dans la maison des Jhurry ce soir-là. Pourquoi aurais-je dû aller voler ? J’obtiens tout ce que je désire de mes parents. Ma déposition à la MCIT a été déformée. Les enquêteurs sont venus dire que j’ai vu deux cadavres et que j’en ai profité pour voler. Je ne comprends pas. Je leur ai dit : «Non, je n’ai rien volé.» Au cas où j’aurais volé, quelque chose aurait dû manquer dans la maison. Or, rien ne manque.
Q : Seriez-vous étonné s’il y avait vos empreintes sur les lieux du crime ?
R : Non. Cela ne m’étonnerait pas. J’ai dit aux enquêteurs que j’étais sur les lieux du double meurtre.
Q : Que faisiez-vous dans la maison des Jhurry ?
R : J’ai entendu un appel de détresse. Je ne peux rien vous dire d’autre car tous les détails sont dans ma déposition.
Q : Si on vous dit qu’un objet vous appartenant (Ndlr : savate, t-shirt ou short) porte des traces du sang des victimes, qu’avez-vous à répondre ?
R : Cela m’étonnerait. J’ai un petit mot spécial pour Monsieur Atma Jhurry. S’il savait ce qui s’est réellement passé dans la soirée du 5 janvier, il me remercierait. Et s’il n’est pas satisfait quand la cour prononcera mon innocence, je suis disposé à subir les punitions qu’il voudrait m’infliger.
Q : Pourquoi Monsieur Jhurry doit-il vous remercier ?
R : Je ne veux pas vous donner de détails à ce sujet.
Q : Pourquoi accepteriez-vous une punition alors que vous clamez votre innocence ?
R : Je serai simplement heureux de voir Monsieur Atma Jhurry soulagé.
Q : Et si la Cour vous trouve coupable ?
R : Je ne pense pas que ce sera le cas. Dommage que la presse et le public m’aient déjà jugé.
Q : Comment s’est passé votre interrogatoire à la MCIT ?
R : C’était un calvaire. Je ne m’en suis toujours pas remis. Je fais toujours des cauchemars.
Q : Et votre détention ?
R : J’ai fait un court séjour dans le milieu carcéral mais c’était très enrichissant. J’ai appris beaucoup de choses et rencontré beaucoup de personnes qui m’ont fait part de leurs doléances, entre autres, sur l’hygiène, le manque de discipline et de respect envers les détenus et l’absence des nécessités de base. Certains n’ont ni cuillère ni gobelet. Je vais constituer un dossier à l’intention du commissaire des prisons.
Q : Votre mère et votre sœur sont provisoirement accusées de complicité. Invitées à fournir leur emploi du temps le soir du drame, elles auraient donné des versions contradictoires. Vos réactions.
R : Je ne suis pas au courant des contradictions. Leur arrestation a été illogique. Elles ont été arrêtées sans preuves et sans raison valable.
Q : Votre tante Bindu Ramlogun recherche une protection policière car elle craint pour sa sécurité et celle de ses trois enfants depuis que vous avez été libéré sous caution. Est-ce justifié ?
R : C’est illogique. Ce n’est pas pour sa sécurité que la cour m’interdit d’aller à Lallmatie mais pour la mienne. Je n’ai aucune raison de l’agresser. C’est elle qui a une raison de le faire. J’ai dénoncé son mari. D’ailleurs, dans un entretien avec la presse, elle a parlé de «vengeance». Ses déclarations m’ont porté préjudice. Je compte, avec l’aide de mon avocat, Me Jim Seetaram, lui intenter un procès en diffamation.
Q : Quelles sont vos relations avec votre tante ?
R : On avait des relations civilisées. Je tiens à faire ressortir qu’elle n’était pas à la maison du 2 au 5 janvier. Elle était partie, avec ses enfants, chez sa mère. Mon oncle dormait alors chez nous.
Q : Était-elle partie à cause de problèmes familiaux ?
R : Non. En raison des fêtes de fin d’année.
Q : Votre tante intente un procès à l’État pour la mort de son mari. Comment accueillez-vous cette décision ?
R : Sans commentaires.
Q : Avez-vous des amis à Lallmatie ?
R : Très peu. Les rares que j’ai sont des universitaires et des professionnels.
Q : Les forces vives de Lallmatie se sont élevées contre votre libération sous caution. Vous sentez-vous indésirable ?
R : Je suis indésirable pour certaines personnes. Certains essaient de tirer profit de cette affaire à des fins politiques. Je ne vais pas citer de noms.
Q : Parlez-nous de votre parcours académique…
R : Après l’école primaire de Lallmatie, j’ai fréquenté le collège Royal de Port-Louis. Je suis maintenant en troisième année à la faculté de Civil engineering de l’Université de Maurice.
Q : Quels sont vos projets en attendant le début du procès ?
R : Je vais reprendre mes cours et me rattraper. Mon stage aurait dû se terminer en 2007. D’autre part, j’aime le volontariat depuis mon adolescence et, cette année, je compte lancer une radio interne à l’université et la publication d’un deuxième journal.
Q : Avez-vous une petite amie ?
R : Avec mon emploi du temps chargé, je n’ai pas le temps pour ce genre de trucs.
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